Vous allez me dire : "Mais ça vient faire quoi ton histoire, dans un édito dédié à la modernisation du travail et de la formation professionnelle ? J'y viens.

L'histoire personnelle d'Al Gore, présentée dans le documentaire, nous fait comprendre son attachement à l'écologie, son acharnement dans cette lutte contre l'inconscience climatique (notamment de la part des Américains).
En soutenant le concept d'"autoroute de l'information", Al Gore a lutté pour une "politique" de l'Internet. Le développement de l'Internet a changé la face du monde. Il devient impératif d'en élaborer une écologie.

Si ce développement a permis le développement de la phase la plus violente et autodestructrice du capitalisme, le capitalisme financier, basé sur des transactions spéculatives en temps réel supportées par les technologies des réseaux, il a permis aussi d'autres formes d'utilisation des médias, hors des mass-média structurés et formalisés par une ligne éditoriale et une programmation.
Par effet de masse, ces usages deviennent aujourd'hui indicateur d'opinion publique. Google ne se trompe pas, quand il rachète YouTube.
Les politiques, les publicitaires et les chaines de télé (la collusion est, hélas, de plus en plus évidente) non plus, quand ils tentent de récupérer les bloggeurs, ou créer des vrais-faux blogs pour jouer la carte du marketing viral.

Là où tout reste "comme avant" c'est dans les lieux ou la fracture cognitive par rapport au TIC de la distance est la plus importante, les usages sociaux du web incompris et incompréhensibles.
Non, je ne vous parle pas des banlieues et de zones de non droit. Je vous parle des universités, des grandes institutions de formation, des grandes entreprises... de tous ces paquebots qui n'ont pas été prévus pour couler, et pourtant... gare aux parties immergées de l'iceberg !

Malgré les belles déclarations autour de la réforme de la formation professionnelle, malgré quelques expérimentations iconisée de dispositif de professionnalisation, que l'on porte en procession comme autrefois on portait le Christ et ses Saints, le "système" ne comprends pas grand chose à ce qui se passe.
Il suffirait de voir les difficultés que les dispositifs d'accompagnement de la professionnalisation des acteurs de la formation rencontrent actuellement en abordant les thèmes des TIC et de la FOAD, pour se rendre à cette évidence.

Les politiques, malgré les grands discours sur la formation tout au long de la vie, malgré ce que l'on appelle la "stratégie de Lisbonne", en sont encore au questionnement. Certains pensent la mise à distance de la formation de façon clivée au regard de la formation présentielle (ou/ou), d'autre font savoir qui "n'y croient pas" (à quoi ?).
Entre temps, des inamovibles cariatides restent accrochées hystériquement à l'idée que la production de contenu formalisé est toujours le plus important pour apprendre à distance, avec un peu de tutorat par-ci, par-là. Ceci est le point de vue de l'enseignant, de l'institution, sûrement pas de l'apprenant (la gabegie des investissements publics, nationaux et européens, pour la production de e.learning à l'abandon en est témoin. Quant aux universités numériques, elles sont remplies de cimetières logiciels aux frais du contribuable).
Ces géants, faisant autorité d'opinion et de présupposés ne voient pas (ne veulent pas voir) que les apprentissages changent d'effet et de modalités d'acquisition. Que la logique de Wikipédia avance, portée par les usages sociaux du web, et que tout ceci change profondément le rapport à l'information et au savoir.

Les quelques enquêtes que je mène depuis un peu plus d'un an, interrogeant les uns et les autres (des éditeurs aux financeurs, des organismes de formation aux entreprises), les études que j'ai l'occasion de lire, brossent le tableaux d'une incroyable ignorance de la situation.

On continue à danser dans le Titanic !
Hélas, il n'y aura pas de place pour tout le monde dans les canots de sauvetage.
Les premières classes (institutions d'Etat, grandes entreprises françaises faisant des bénéfices ou engagées dans les productions stratégiques...) vont se sauver, mais les autres ?

Le tiers état formatif (organismes de formation sous-traitant de l'Etat, de la Région, petit organismes de formation voyant leur commande de stages présentiels diminuer) et professionnels (Petites PME, TPE, artisans) est-il destiné à sombrer parce que "en haut", sur les ponts supérieurs, il y a eu mauvaise analyse des relations entre professionnalisation, mondialisation, usages des outils de la distance ?

Ça et là des réactions à la stagnation dépressive émergent (y compris dans les grandes entreprises et les institutions éducatives).
Il y a toujours quelque part un pourcentage d'êtres courageux, visionnaires et/ou novateurs), mais globalement nous nous trouvons devant des réactions d'inconscience, de déni ou de plainte, selon les formes sociopathologiques d'une société ayant trop vécu sur ses acquis pour ne pas se construire une représentation statique du réel.

Pour tenter d'éclairer la situation je proposerai à partir de Janvier 2007, pendant cinq mois, des articles polémiques (et néanmoins documentés) sous la forme de "Pour en finir avec...".
L'objectif n'étant pas, évidemment, de faire un facile catastrophisme iconoclaste, mais de poser les jalons d'un dépassement historique de nos certitudes et des institutions qui les vénèrent comme reliques.

J'intègrerai dans ma réflexion, chaque fois que possible, les usages sociaux de l'Internet dans la professionnalisation et le travail.
J'espère ainsi contribuer, à travers Novantura, au débat politique capital sur la professionnalisation dans une société de l'information et de la communication.

  • Janvier 2007 : "Pour en finir avec le e.learning"
  • Février 2007 : "Pour en finir avec la FOAD"
  • Mars 2007 : "Pour en finir avec l'université"
  • Avril 2007 : "Pour en finir avec la formation professionnelle"
  • Mai 2007 : "Pour en finir avec l'emploi"

Ces articles seront disponibles, un par mois, sous la forme d'un fichier pdf, compressé au format .zip et protégé par mot de passe.
Le mot de passe sera envoyé à tous ceux qui en feront la demande.

Pourquoi un mot de passe ? Parce que nous sommes dans un monde de surface, de temps-réel, de surf informationnel et de vrai-semblable, et que la profondeur, la recherche du vrai (et du juste et du beau, diraient d'autres) demande une vigilante et un effort constants. Compte tenu de la "force" de ces articles, de leur dimension polémique, nous avons opté pour une diffusion restreinte à ceux qui véritablement veulent les lire, car ce type d'écrit supporte très mal la lecture en diagonale (et de travers).