Moi, contre le contenu ? Bien sûr que non.
Je ne suis pas contre le contenu formalisé, produit par des spécialistes, avec une progression et une interaction pédagogique, et même de la multimédiatisation ad hoc. Il est dans beaucoup de cas incontournable.
Je suis contre l'hystérisation qui a été faite sur les contenus en ligne, sur cette nécessité première de produire de contenus multimédia et chers pour former à distance. Difficiles à faire, chers, demandeurs de subventions à non plus finir, et dont la production s'arrête quand la subvention se termine, avec l'expérimentation qui va avec !

Il s'agit, ni plus ni mois, d'une vision de la société apprenante comme objet passif d'enseignement, qui s'oppose au développement de la société cognitive, tout en faisant semblant d'appuyer ce développement.

Il me semble que la puissance publique a trop valorisé l'enseignement et la formation, côté fournisseurs, plutôt que côté client, et que, pire, présuppose souvent les clients finaux, vu qu'il « bénéficient » de la formation, très souvent sans la payer, comme des êtres passifs, des handicapés cognitifs.

Or, la société civile, notamment à travers les pratiques émergentes du Web, et la richesse informationnelle et économique qui s'y développe, démentissent formellement cet aveuglement politique et institutionnel.

Du contenu alors ! Il en faut ! Mais aussi de l'intégration des pratiques apprenantes nouvelles, collaboratives, mais aussi de l'utilisation pleine et féconde de l'informatif à vocation didactique, comme substrat de pratiques de développement de savoir en commun.

Trois moments vécus pendant ma journée à Caen me font croire que nous avons intérêt à aller rapidement dans cette direction, que le moment de changement de paradigme en formation professionnelle est là et qu'il émane d'une réflexion sur l'apprenance dans une société cognitive, et non pas sur une nouvelle didactique des contenus, spécifique à leur passage en ligne.

Premier temps : pendant le repas, je discute avec une responsable d'un organisme de formation.
Brutale impression d'un déjà vu. Le même que je dénonce depuis des années, notamment sur le site d'Algora et dans mes articles sur « Actualité de la Formation Permanente ».

« On a eu de l'argent pour faire du contenu, on a commencé, mais ce n'est pas fini. Mais voilà que les subventions se sont arrêtés. On cherche des subventions pour continuer. Vous comprenez, faire du contenu en ligne c'est cher, un petit organisme comme le notre ne peut pas le faire avec ses fonds propres. »

Oui, et si il n'y pas ou plus de fonds, on fait quoi ? Poubelle, comme des milliers d'heures de contenus payés par l'Etat, la Région, l'Europe, qui n'ont jamais vu le jours ou qu'il n'ont servi à rien ?

Deuxième temps : Francine Rochefort, chargée de mission TIC pour la formation au CTN, nous rappelle, à la fin de la journée, qu'une enquête faite par le CTN montre l'appétence des potentiels apprenants à la formation en ligne. « Ils nous disent, allez plus loin ! ».

Allez plus loin, non pas vers plus de contenus multimédia, « cliquables », sonorisés, et avec à la fin leur beau QCM qui valide...quoi, déjà ?
Allez plus loin dans le sens « ouvrez-vous, intégrez des pratiques qui sont déjà là, sortez de votre enfermement didactique d'experts de contenu».

Le niveau d'équipement des Français et leur niveau de connexion est très élevé. L'utilisation des TIC de la distance pour la formation et professionnalisation, l'un des plus bas d'Europe. Pourquoi ? Faute de contenu en ligne ou d'intelligence dans la mise à distance de la formation ?

Troisième temps : l'intervention de Yannick Soubien, Vice-Président de la Région Basse-Normandie et Président de la Commission "Formation tout au long de la vie".

Celui-ci nous a rappelé que la Région Basse Normandie avait accompagné fortement le développement de contenu et la constitution d'une offre largement plus conséquente que celle de la plupart des autres régions françaises.
Il était temps maintenant – ajouta-t-il, de penser au delà du contenu et d'intégrer les autres formes d'apprentissage basées sur l'apprenance, pour continuer à faire de la région une région pilote dans l'innovation de la formation.

Alors, contre le contenu moi ? Absolument pas. Plutôt pour un contenu « 2.0 » !

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Les liens de la semaine :

Ma réflexion sur le contenu 2.0 émane des utilisations intelligentes que l'on peut faire avec le petits outils du rapid e.learning, en association avec les usages du web à vocation sociale.

Pour mieux comprendre cette approche je vous invite à regarder / écouter la conférence que j'ai donné le 20 janvier 2006 à Lille, au sujet de la mise a distance de la formation et le rapid e.learning.

Sur le même site, un tableau récapitulatif des différentes familles du rapid e.learning, et le lien sur l'article de fond, sur le site d'Algora :

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Adrien Ferro Consultant en Formation, Professionnalisation et Réseaux
Président de l'association Novantura