Je suis intervenu devant sept personnes, dont l'organisateur, le responsable de l'espace dans lequel j'intervenais, une animatrice de réseau, et quelques collègues de ses derniers.

Quelques mois auparavant, dans une autre région, pour un autre Carif, j'étais intervenu, avec à peu près le même contenu, devant 50 personnes.
Je me rappelle les communications téléphoniques successives, de la part de l'organisatrice de la demi-journée.
"Adrien, s'ils sont plus de quinze, c'est bon" ? "Euh, Adrien, ils sont 25 c'est d'accord ? "Adrien, on va arriver à presque cinquante là !".
Bon prince, j'ai accueilli tout le monde pour le même prix !!!

Que s'est-il passé ? Essayons d'esquisser quelques hypothèses.

Hypothèse masochiste : "Mon intervention avec 50 personnes fut un bide, les odf de l'autre région l'on su, et personne n'est venu." Non, pas tenable. Primo je l'aurais su, secondo le deuxième Carif ne m'aurait pas proposé d'intervenir.

Hypothèse raciste : "C'est normal, dans cette région, ils sont tous attardés ! D'ailleurs..." Pas tenable non plus, dans cette région il y a de belles réalisations, et il y en a eu même en FOAD.

Hypothèse temporelle : "Normal c'était la période des vacances !" Raté ! Je regarde mon calendrier... aucune période de vacances scolaires nulle part en France ce jour-là !

Hypothèse culpabilisante : "Ils n'ont pas bien communiqué sur l'action et donc personne n'était au courant". Bah, c'est sûr qu'il n'y a pas eu affichage public ni distribution de tracts sur le marché, mais l'information sur le site y était aussi depuis plusieurs dizaines de jours, comme dans l'autre région.

J'ai une autre hypothèse mais, bon, comment dire, ça serait grave si c'était ça, très grave même.
Je vous la dis ?

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Attention : lire les lignes qui suivent dégage Adrien Ferro de toute responsabilité relative à votre état de santé par la suite.

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C'est une hypothèse terrible qui associe la soumission totale à une politique du court terme, dans la formation professionnelle, avec l'apathie des organismes de formation et des formateurs, dans notre beau pays de France.
Le tout sur fond d'anthropologie culturelle ralentissant de façon dramatique les changements nécessaires d'organisation du travail.

Mon hypothèse, la voilà !

Dans le cadre des journées de sensibilisation ou de formation qui touchent aux TIC, à la FOAD, à l'Internet, les Odf qui dépendent des financements régionaux directs, qui s'occupent de publics en préqualification ou de faible niveau de qualification, ou encore de publics sur des secteurs ou la région est très présente, font exactement, et que, ce que la direction régionale de la formation professionnelle leur dit de faire.

Si l'élu en charge de la FP a la lubie des technologies de la communication, ou le souci réel de la modernisation du système par l'introduction de la FOAD, les voilà se précipiter en masse pour s'informer.
Si ce même élu, ou le directeur de la FP en région, ne demande pas cette modernisation... et bien il aura ce qu'il ne demande pas, c'est-à-dire que personne (ou presque), dans sa région, fera l'effort de s'informer, d'expérimenter.

En gros, comme le client final n'est pas le payeur, la R&D , telle que les entreprises plongées dans un monde concurrentiel la connaissent, n'est pas du tout indispensable pour continuer à exister pour ces Odf.

Elle sert alors à se faire bien voir, ou à répondre à des dictats politiques ou institutionnels, voire à acheter des ordinateurs, des logiciels, et se faire payer les frais de structure, quand on peut récupérer de l'argent par-ci par-là .

Vous trouvez que ce n'est pas vrai ? Que pas mal de monde s'investit pour offrir une offre plus pertinente, que la France est pleine de personnes attentives à leur public ?

Bien sûr ! Vous avez raison !
Il y a en France plein de personnes de bonnes volontés qui développement des expériences de FOAD, plein de personnes militantes en faveur de leur public, pleins de personnes qui ne baissent pas les bras.
Mais, croyez à mon expérience, croyez à quelqu'un qui pendant plus de vingt ans a été particulièrement bien situé pour toucher du doigt le marché de l'illusion formative pour les moins qualifiés, par ses actions, ses observations et ses enquêtes.

Ce "plein de personnes" est en fait très peu, et souvent au niveau bas ou intermédiaire de l'échelle de décision.
Politiquement et Institutionnellement, rien ou presque n'est fait pour véritablement éveiller la conscience des formateurs à la transformation sociétale qui passe par les usages massifs d'Internet pour tout type de transaction.
Les usages massifs des réseaux transforment complètement la façon que l'on a, non pas de se poser les questions essentielles de la vie, mais d'y répondre.

Et parfois, la réponse donnée par le marché mondialisé et numérisé, n'est pas celle qui conviendrait de donner dans une société critique d'elle même.

Former les formateurs, tous les formateurs, et leur hiérarchie, aux usages "civils" du réseau, et à leur conséquences à terme, pour qu'ils en fassent quelques choses dans l'exercice de leurs responsabilités, est une mission de santé publique. Une mission qui relève de la politique d'Etat, et qui ne serait plus attendre.

Je propose, vu la régionalisation de la formation professionnelle et le désengagement du Ministère de l'emploi, que le Ministère de la Santé prenne le relais !
Sinon, le rôle sera pris par l'entreprise elle-même, dans un opposition de plus en plus forte avec le système-État.

Approfondir :
La mission sénatoriale : Mission commune d’information sur le fonctionnement des dispositifs de formation professionnelle.

Lien croisé :
Ma skipe-interview sur le blog de Vincent Desnot, pdg de Novantura.

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Adrien Ferro Consultant en Formation, Professionnalisation et Réseaux
Président de l'association Novantura