Pourtant, parmi ces organismes, des grands représentants des méthodes actives, des pionniers des parcours personnalisés et j'en passe !

Peut-être nostalgiques des années 70, peut-être composés uniquement de personnel vieillissant en attente de retraite, peut-être solidement ancrés à leurs méthodes "d'avant l'ordinateur", peut-être...

J'ai donc, au retour de stage, posé naïvement cette question aux apprenants : "Dans le cadre de vos activités en stage, pensez-vous que l'utilisation du web à vocation sociale (notamment wiki et blog) aurait pu être utile ?" Les réponses, sauf une, ont été unanimement NON !

Non, parce que "les TIC ça n'intéresse pas l'organisme"
Non parce que "le public est de très bas niveau de qualification"
Non parce que "c'est un parcours individualisé, chacun fait des choses différentes"

Une seule personne m'a dit avoir proposé, hors du parcours "habituel", sur fiches, à ses stagiaires en Français Langue Etrangère (FLE), de faire un journal de classe avec un blog.

Il a de quoi être dépressif !

Je ne vais pas ici revenir sur mon analyse des organismes qui s'occupent plus spécialement des publics de bas niveau de qualification, dans lesquels j'ai évolué pendant plus de 15 ans et dont je connais bien gloires et misères, voire misérabilismes.

Mais comment est-il possible que "Les TIC n'intéressent pas l'organisme ?"

Est-il aveugle cet organisme,
pour ne pas voir comment les TIC sont également des éléments éssentiels du controle des flux d'information et des comportements des masses consommatrices, avec l'objectif de les rendre les plus pulsionnelles et acritiques possibles ?
Est-il disinformé à ce point pour ne pas savoir que les plus avides de TIC pulsionnelles sont justement les publics les plus socialement en difficulté, maîtrisant souvent les usages techniques des réseaux de communication mieux que la plupart des formateurs, mais sans investissement cognitif sur ces usages ?
Est-il schizophrène, pour penser en positif leur monde "du dedans" très différents en termes d'environnement technologique au monde "du dehors" ?
Enfin, méprise-t-il autant son public pour ne pas l'armer critiquement, à travers des usages différents, intelligents et valorisants, de ces mêmes technologies qui, utilisées stupidement, asservissent le cerveau à une pensée unique et dectructrice de la capaciter à sublimer, c'est-à-dire à être porteur d'histoire et de projet ?

Pour ce qui est du public "de très bas niveau de qualification", je me rappelle les Segments d'initiations aux nouvelles technologies, une action de trois jours d'utilisation des ressources de la Cité des Sciences, que j'avais monté pour un Greta partenaire de la Cité des Métiers. Je me rappelle des appréhensions des formateurs pour la séance "Didactèque", dans le cadre de la préqualification aux metiers de la propreté, où la plupart des stagiaires étaient illettrés et certains n'avaient jamais touché à un ordinateur.
Grâce à un choix judicieux de logiciels d'initiation, je me rappelle également la joie de ces femmes (en très grande majorité), pouvant enfin manipuler la souris et le clavier, "comme leurs enfants" !

Quant au "c'est un parcours individualisé, chacun fait des choses différentes", mais de quelle misère intellectuelle, de quelle misère pédagogique me parlaient ici les stagiaires en DUFA ?

Le parcours personnalisé, le plus souvent en autoformation assistée, est devenu pour certains organismes un parcours solitaire, où le rapport entre pairs ne rentre pas en jeu, où le tutorat sauve les apparences d'une relation pédagogique riche.
Du coup, "l'entre pairs" ne se développe plus que de façon informelle (car il n'est bien évidemment pas possible de juguler la dimension sociale des apprentissages), sans pouvoir en qualifier les apports, sans pouvoir en faire une ingénierie au service du parcours.
Il y a eu le délire du "je ne veux voir qu'une seule tête" et maintenant il y a le délire du "vous êtes tous différents, donc seul". Et le e.learning n'y ait pas pour rien dans cette réduction simpliste de l'acte d'apprendre.

Tout se passe comme si, entre individuel et collectif, il faudrait pédagogiquement choisir. De part et d'autre, des solutions de facilité qui ne prennent pas en compte la complexité humaine, le tiraillement entre individus et sociéte et les modifications de ce tiraillement induites par les modalités de production de soi offertes par une société et une technologie donnée.

Approfondir : sur ce dernier aspect, lire le dossier de Françoise Demaizière, Autoformation et Individuation, du 22 novembre 2005.

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Adrien Ferro Consultant en Formation, Professionnalisation et Réseaux
Président de l'association Novantura