Nous le savons tous. En France, le marché de la formation professionnelle est un marché soutenu artificiellement par cette obligation. Sans celle-ci, il n'existe pas ou, au mieux, il serait réduit à celui des grandes entreprises (qui pour la plupart dépassent en achat de formation leurs obligations légales).
C'est pourtant le supposé remède qui dans sa posologie (l'imputabilité) et ses instances de soin (administrations diverses et organismes collecteurs) s'est révélé le pire des maux, sclérosant le système et se dissociant même des besoins en souplesse et en réactivité des entreprises.
On ne peut pas donc s'étonner que les plus petites d'entre elles, soumise à de fortes contraintes de présence de leur personnel (souvent peu qualifié) sur le lieu de travail, n'aient pas été réceptives aux « bienfaits » d'une formation professionnelle à figure imposée.

Pour l'anecdote, j'ai passé mon UV sur la formation professionnelle, en Sciences de l'Education à Lyon, en défendant la thèse : « La formation professionnelle en France. La deuxième chance pour ceux qui n'ont pas raté la première ! ».
C'était... en 1987 ! Les faits sont donc connus depuis longtemps. On a laissé faire. Il est l'heure d'arrêter (Comment ? On y reviendra).

Non pas que l'on ait pas besoin de formation.
Au contraire, l'objectif de faire de l'Europe la société cognitive « la plus compétitive au monde », préconisé par la « Stratégie de Lisbonne » (avec beaucoup de naïveté par rapport aux capacités de réaction des Etats Membres, il faut le dire), mériterait que l'on mette en place de vraies politiques publiques de développement et soutien des entreprises apprenantes.

Il mériterait que l'on aide les transformations du processus travail, développant un processus où la réflexivité sur celui-ci (quelque soit le travail, quelque soit la taille de l'entreprise) de la part des salariés (notamment) serait valorisée.
Tout d'abord, pour que chaque personne puisse mettre en évidence son propre « su », le poser, voire le partager et enrichir ainsi les savoirs de l'entreprise. Deuxièmement, parce que ces processus réflexifs, métacognitifs, amènent au développement de compétences transversales, qui sont aujourd'hui les compétences critiques pour que l'entreprise perdure et se développe.

Nous avons le défi de réussir ce que plusieurs d'entre nous appellent désormais « l'entreprise durable » (un concept qui émerge à partir d'une réflexion élargie du développement durable).
Une entreprise durable est une entreprise respectueuse de son environnement élargi. De l'environnement écologique certes, mais aussi de ses clients, et bien sûr et fondamentalement de ses salariés.
Une entreprise durable est celle où, par exemple, les personnalités perverses narcissiques sont détectées et mises hors état de nuire.
Une entreprise durable est celle où le management intermédiaire arrive à nouveau à s'occuper de son équipe, et non pas seulement du processus de production et des objectifs.
Une entreprise durable reste une vraie entreprise, avec des objectifs économiques d'entreprise, mais elles n'est pas prête à réduire les êtres humains à de simples génomes de compétences.
Une entreprise durable sait que « travailler ensemble » exige préalablement un «savoir vivre ensemble », et qu'il n'y a pas d'équipe de travail saine sans un minimum d'empathie et de bienveillance les uns pour les autres.

Bref, l'entreprise durable est une entreprise où l'éthique ne pas qu'exposée en vitrine pour attirer le chaland.

Au fond il nous faudrait, pour être plus à la mode présidentielle, aller vers une « économie de civilisation ». Encore faut-il que nous précisions quelle civilisation peut être compatible avec à la fois nos aspirations individuelles et collectives et notre vulnérabilité.

Une belle année à vous tous.

Approfondir :

Le livre de Philippe Détrie « L'entreprise durable ».

Mon compte rendu « L'entreprise est-elle fair play » sur le blog de Novantura.