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Appetence

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APPÉTENCE


SOMMAIRE

1. Définition
2. Evolution du concept
3. Le concept d’appétence dans le contexte de la formation et de l’emploi
4. Le réseau conceptuel de l’appétence
5. L’appétence pour la FOAD
6. L’appétence et la liberté de choix de l’individu
7. Questionnements induits par cette recherche autour de l’appétence


1. Définition


Nom féminin
(a-ppé-tan-s)
Vient du latin "appetere", traduction possible "appéter"

On appelle appétence d'un individu pour la formation sa volonté, son besoin, son envie d’apprendre et de se former.
La mise en appétence des apprenants est une stratégie de formation.

2. Evolution du concept

Utilisé depuis l’Antiquité (Cicéron), il a glissé d’une acception physiologique, le désir de nourriture, vers une acception psychologique, l’attirance pour quelque chose.

Selon le Grand Dictionnaire Encyclopédique , c’est à la fois :
• « l’état psychologique correspondant à un désir d’absorber un aliment ou une boisson, en réponse à la perception des caractères organoleptiques de ce produit » (= caractère d'un critère, d'un produit pouvant être apprécié par les sens humains tels que le toucher, le goût, l’odorat),
• « l’éveil de désirs marquant une tendance préférentielle » (appétence pour la lecture, la musique, le sport…).

3. Le concept d’appétence dans le contexte de la formation et de l’emploi


Ce terme d'appétence s'inscrit dans un contexte particulier : la loi de mai 2004 1 pose les grands principes de la formation continue suite à l'Accord National Interprofessionnel de 1970 par l'instauration du DIF (Droit Individuel à la Formation).
On attend alors du travailleur qu’il devienne acteur à part entière de la démarche d’acquisition et de validation de ses compétences.
Cette attente s’inscrit dans une grande visée : l’émergence indispensable d’une Europe de la connaissance.
Tous les salariés ont théoriquement accès au dispositif. Cependant, le constat reste décevant : la mise en pratique reste confidentielle.
Dans le « Mémorandum sur l'éducation et la formation tout au long de la vie »2 , il est écrit que tout le dispositif ne peut exister sans la volonté du travailleur : « Les individus ne planifieront des actions cohérentes d'éducation et de formation tout au long de leur vie qu'à la condition d'avoir envie d'apprendre. »
De là à imaginer un lien direct entre l’échec partiel du dispositif et l’inappétence à la formation des salariés, il n’y a qu’un pas. 3 4 . Cette hypothèse avait déjà été avancée par C. DUBAR dans les années 70.

Le « Guide de la Formation Professionnelle » définit l’appétence pour la formation comme « la volonté que peut avoir une personne à mettre en œuvre une stratégie de développement de ses compétences en vue d’accroître son employabilité ».

Les deux termes d'appétence et de motivation ayant apparemment des sens proches, ils font débat à l'heure actuelle. P. CARRE trouve le terme de motivation riche d'une construction théorique que ne possède pas le terme d'appétence. L'emploi de ce dernier ne serait que le reflet d'un effet de mode.

4. Le réseau conceptuel de l’appétence


Pour P. CARRE, l’émergence d’une société cognitive ne se décrète pas. Elle passe nécessairement par un « chaînon manquant » : l'apprenance.


Schéma (source Escholia) élaboré à partir du texte « Audition publique de Philippe Carré pour le Comité Mondial de l’éducation et la formation tout au long de la vie », Paris, 30 janvier 2006 5

Le schéma permet de situer l’appétence dans les enjeux de l’apprenance. Cependant, il ne permet pas d’en cerner l’aspect systémique : chaque levier de la motivation a des liens avec des paramètres du « où apprendre » et du « comment apprendre ». Il ne permet pas non plus de mettre en évidence la dimension sociale de l’individu apprenant.
Il existe un clivage entre les partisans et les détracteurs de la motivation dans le débat théorique sur les dynamiques d’engagement dans la formation.
Les individus sont de plus en plus responsabilisés dans la gestion de leurs itinéraires de formation et le développement de leurs compétences. E. DECI évoque comme paramètre d’engagement en formation le sentiment d’autodétermination et la perception des compétences. La motivation éducative des adultes n’est plus pensée dans un rapport besoin, réponse, mais dans la combinaison de diverses influences, cognitives, affectives et sociodémographiques. Ainsi, l’engagement d’une personne se dessine dans l’interaction entre les processus « conatifs » du sujet et les diverses influences susceptibles de contraindre son autonomie.

5. L’appétence pour la FOAD


Après le passage de l’oralité à l’écriture, puis à l’imprimerie, le rapport au monde de l’humain est une nouvelle fois en train de changer considérablement avec le développement des TIC. (cf liens dans "pour aller plus loin" sur le thème des hommes et techniques et nouvelles techno, à la fois dans biblio et dans webographie).
Sur le site de l'IRTS (Institut Régional des Travailleurs Sociaux), la FOAD est envisagée comme un processus sous-tendu par des formes pédagogiques, des types d'ingénierie, des démarches d'intégration, de médiation et d'acculturation. 6
On peut rapprocher cette définition de celle de l'INED de Paris : la FOAD, héritière des cours par correspondance, exploite les opportunités techniques pour fabriquer et transporter, à des réseaux d’apprenants, des contenus pédagogiques mécanisés. 7 8.

Dans un nouveau modèle de formation, la familiarité avec l’ordinateur et son utilisation à titre privé, via la pratique d’Internet, favoriserait l’appétence (singularité du processus d’apprentissage par une appropriation, notamment grâce à un sentiment d’efficacité personnelle plus important, source d’investissement supérieur dans la FOAD).
L’environnement formatif en FOAD est aujourd’hui proche de celui dans lequel peut s’exercer l’activité professionnelle, et une partie des loisirs. Donc, le travail d’appropriation des outils est supposé réalisé en grande partie.
A contrario, les dispositifs de FOAD pourraient aussi constituer un frein à l’appétence, par un rejet du système, une perception entraînant un manque de confiance dans le dispositif (difficultés de navigation, solitude face à l’écran, capacités d’auto-formation …).

Dès lors, on entrevoit l’importance de mettre du lien social dans le dispositif pour susciter et entretenir l’appétence, et le rôle que doivent jouer :
* d'une part, le groupe des apprenants à travers les outils comme les forums, le chat, les communautés virtuelles, les apprentissages collaboratifs, les réseaux d’entraide...
* d'autre part, le système de tutorat (interactions tutorales) guide les apprenants et facilite leur accompagnement individuel et collectif tout au long du parcours d’apprentissage.

Le développement des outils du Web 2.0 est appréhendé différemment dans la société et par les formateurs et enseignants : entre un nouveau modèle permettant de favoriser la réussite des apprenants (socialisation, qualification tout au long de la vie,...) et le modèle axé sur une utilisation forcée ou inadaptée des technologies, la réalité se situant peut-être entre les deux.

La génération suivante, celle dites des « millenials » sera celle qui réalisera un réel changement de modèle, à travers une appropriation beaucoup plus forte des usages liés au développement des TIC. 8.
On entrevoit des changements possibles de paradigme en matière d'éducation et de formation qui pourront s'opérer via la pratique des outils du web 3.0 et des réseaux sociaux. L'apprenant pourrait devenir davantage acteur de son apprentissage en bénéficiant d'informations et/ou de formations personnalisées mieux adaptées à ses motivations, ses centres d'intérêt, son implication, son niveau de qualification ou de formation, voire même en fonction de sa propre identité numérique.
Dans ce cas, les critères et modalités d’évaluation des apprenants devront aussi évoluer à l’intérieur de cette nouvelle configuration et être particularisés en fonction de leurs profils.
L’aspect ludique de la gestion des avatars, via les interfaces 3D, peut aussi susciter l’appétence des apprenants pour participer aux serious games proposés lors de FOAD.

6. L’appétence et la liberté de choix de l’individu


L’implication plus grande et la liberté de choix de l’apprenant sont possibles sous certaines conditions :

-individualisation réelle des offres de formation FOAD tenant compte du désir et de la personnalité ;

-attention aux dérives de type marketing : la formation n'étant pas un acte de consommation, elle ne doit pas être orientée par les usages prescrits selon une division industrielle (TAYLOR et FORD) des rôles. (cf les travaux de l'association Ars Industrialis 9, et notamment de Bernard STIEGLER ).

7. Questionnements induits par cette recherche autour de l’appétence


a ) D’un modèle comportemental :

La question était, à l'origine, d’identifier les leviers comportementaux susceptibles de conditionner l’individu pour qu’il parte en formation. D’ailleurs le terme d'appétence avait d'abord été utilisé en zootechnie avec PAVLOV [*] et ses travaux de recherches sur le comportement animal et les réflexes conditionnés par des stimuli, et en psychologie comportementale avec WATSON qui considère que l'être humain réagit, se "comporte" aussi en fonction de stimuli qui sont facteurs de motivation déclenchant son action. Cette approche comportementaliste réduirait donc la formation à un pur acte de consommation.
L’approche comportementaliste, selon laquelle l’être humain réagit à des stimuli facteurs de motivation qui déclenchent son action, a cherché à identifier les leviers comportementaux susceptibles de conditionner l’individu pour qu’il parte en formation.
La théorie des attentes 10 a réduit la motivation de l’individu à la valeur qu’il attribue à la récompense (dans son propre système de valeurs). Ici, la question est plus de savoir si un individu se sent ou non capable de suivre une formation, si elle va lui permettre d’obtenir la promotion convoitée et s’il est prêt à lui sacrifier une grande partie de ses loisirs.

b) vers un modèle écologique d'ingénierie en FOAD :

L’ individualisation (rendue possible par les TIC) de l'offre de formation FOAD ne conduit-elle pas à s’interroger sur de nouveaux leviers que sont le désir, la liberté de choix, le plaisir, l’utilisation et l’exploitation de connaissances déjà acquises par l’apprenant ?
Quels sont les moyens à mettre en place pour réussir à faire converger les différentes et multiples intentionnalités des apprenants vers un projet commun de formation ?
Qu'en est-il de "l'objet" formation ? Est-il à considérer comme un simple consommable ? Ou regrette-t-on, à l’image d’Ars Industrialis que les politiques publiques ou privées d’enseignement et de formation ne s’orientent pas encore vers un modèle écologique de l’esprit ?

Que diriez-vous, maintenant, d’un petit moment de détente grâce à ce clin d'œil...


NOTES
1-Historique des accords nationaux interprofessionnels relatifs à la formation professionnelle continue : les années 70 : http://www.encyclopedie-de-la-formation.fr/Historique-des-accords-nationaux,213.html
2-Mémorandum sur l'éducation et la formation tout au long de la vie : http://ec.europa.eu/education/lifelong-learning-policy/doc/policy/memo_fr.pdf
3-« La formation professionnelle continue : des inégalités sociales à l'inégale appétence individuelle ? », Cédric Frétigné MCF, Sciences de l’éducation, Paris XII, Laboratoire Genre, Travail et
Mobilités. : http://www.mshs.univ-poitiers.fr/saco/content/Colloque%20Poitiers%20C%E9dric%20Fr%E9tign%E9.pdf
4-«Des inégalités d'accès à la formation au discours sur l'inappétence des TPE et de leurs salariés pour la formation», Léna LE MARC, mémoire de Master 2,2007-2008, Université de Rouen : http://www.univ-rouen.fr/civiic/memoires_masterICF/textes/T_LEMARC.pdf
5-Audition publique de Philippe Carré pour le Comité Mondiale de l’éducation et la formation tout au long de la vie - Paris, 30 janvier 2006 -http://www.novantura.com/telechargements/2006-01-30%20ComMonEduForm%20Audtion%20Philippe%20Carr%E9.pdf
6-Le Sociographe, recherches en travail social, atelier : Les formations ouvertes et/ou à distance : www.irts-lr.fr/sociographe-article-atelier-les-formations-ouvertes-etou-a-distance-415.html
7-"De l'acculturation à l'enculturation, en FOAD"", Thierry Gobert, UMR CEPED Paris Descartes, INED, IRD : http://isdm.univ-tln.fr/PDF/isdm32/isdm32-gobert.pdf
8-"Améliorer l’efficacité de la formation professionnelle avec le web social",Centre Inffo, l'information sur la formation tout au long de la vie : http://www.centre-inffo.fr/Ameliorer-l-efficacite-de-la.html
9- Ars Industrialis,association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit : http://arsindustrialis.org/
10-La théorie V.I.E de Vroom (1964) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Motivation



POUR ALLER PLUS LOIN


BIBLIOGRAPHIE
- Carré, Philippe. "L’apprenance : vers un nouveau rapport au savoir." Dunod, 2005. 212 p.
- Grand Dictionnaire Encyclopédique, Larousse 1989
- Dictionnaire encyclopédique de la formation et de l’éducation, 2005.
- Deci, Edward L.; Flaste Richard (1996). "Motivation. Pourquoi nous faisons ce que nous faisons: la compréhension de soi", Penguin. Penguin.

WEBOGRAPHIE
O. CHARDON, P. ZAMORA, "Formation et Carrières Professionnelles" http://www.cereq.fr/pdf/08%20-%20Chardon_Zamora.pdf
C FOURNIER, "Aux origines de l’inégale appétence des salariés pour la formation", 2004.http://www.cereq.fr/pdf/b209.pdf
J.MACHADO, "De l'expérience à l'appétence : un modèle d'analyse des pratiques de formation en entreprise", 2008 http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/39/09/60/PDF/these_derniere_version.pdf :


Version du 25/10/2010
Marie CourbonMadeline Henry-FrémineCrystelle Innocenti - Emmanuelle Lelandais

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