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Hypomnemata

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Hypomnemata



SOMMAIRE

  1. Etymologie
  2. Définition
  3. Historique
  4. Evolution du rôle des hypomnemata
         4.1 Supports de mémoire au-delà de la mort ou instantanés vite périmés ?
         4.2 Supports de mémoire associés au savoir et à sa transmission
         4.3 Une mise en réseau qui change les perspectives
  5. Hypomnemata et formation
         5.1 Les nouveaux hypomnemata modifient le rapport entre formateur et apprenant
         5.2 Ce qu'apportent les nouveaux hypomnemata dans la formation
         5.3 Limites possibles générées par les nouveaux hypomnemata en formation
  6. Hypomnemata et Knowledge Management
  7. Les nouveaux enjeux concernant les hypomnemata
         7.1 Les enjeux économiques
         7.2 Les enjeux au niveau des pratiques
         7.3 Les enjeux au niveau du contrôle et de la diffusion des hypomnemata
  8. Des questionnements
  9. Sources



1. Etymologie


Hypomnemata vient du grec hypo: sous et mnêso: mémoire  (singulier : hypomnematon)
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2. Définition


Ce mot désigne des supports de mémoire. Ils peuvent prendre des formes très différentes : tablettes d'argile, papyrus, livres, blogs, images numériques ou non, supports sonores, messages Twitter, etc.
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3. Historique

Dans la Grèce antique, les hypomnemata étaient des carnets de notes utilisés par un grand nombre de personnes, du philosophe au commerçant. Ces documents pouvaient comporter des informations très diverses allant de relevés géographiques à des écrits sur les coutumes religieuses ou les normes sociales. Ces hypomnemata étaient des supports personnels où l'on transcrivait pour mémoire des citations, des exemples, des réflexions personnelles ou venues d'autrui, afin de constituer non pas une liste, mais un réservoir de matériaux utilisables pour la méditation intérieure.

Socrate distingue deux types de mémoire. En premier lieu, la mémoire vive, impliquant un effort individuel et le rappel du souvenir, mémoire support d'un savoir assimilé ou approprié qui garantirait la liberté, l'autre sorte de mémoire, plus figée, stocke le savoir dans les objets. C’est à cette deuxième catégorie qu’appartiennent les hypomnemata, désignant des supports permettant la consignation de choses vues, entendues ou pensées par un individu, supports qui peuvent également être utilisés par lui aux fins de réflexion et d'appropriation des savoirs. Il s’agit de supports d’artificialisation et d’extériorisation de la mémoire.
 
Aujourd’hui, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont les nouveaux hypomnemata. Elles recouvrent un nouveau sens plus large puisque ces supports de mémoire ne sont plus forcément réservés à leurs seuls créateurs. Un très grand nombre de personnes peut y avoir accès simultanément et partager ainsi leur contenu ou même participer à leur création. Elles peuvent être matérialisées, comme les clés USB, ou non comme les blogs, les wikis ou les podcasts.
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4. Evolution du rôle des hypomnemata


La raison d’être des hypomnemata questionne le rapport à la mort et ce qui pousse l’humain à transmettre à son prochain des supports de mémoire. Ceci amène à considérer les hypomnemata en quelque sorte comme «la poursuite de la vie par d’autres moyens que la vie» selon le philosophe Bernard Stiegler.

Ce qui jadis motiva l’homme de Cro-Magnon à peindre la grotte de Lascaux n’est pas de la même nature que ce qui motive aujourd’hui le travail d’un photographe de presse par exemple. On mesure bien dans cette comparaison la durée de vie extrêmement différente de ces deux supports de mémoire. Par ailleurs, l’invention de l’écriture et l’évolution de ses supports, de la tablette d’argile jusqu’à l’écran tactile, expliquent également les changements dans l’organisation des savoirs qui n’ont cessé de se produire au fil des siècles.
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Le processus par lequel chacun se constitue en tant qu’individu unique et autonome, ne s’accomplit pas seulement avec et par les autres : le collectif, la société, ou la communauté. Il s’effectue également par et à travers les hypomnemata, supports de mémoire et de culture. Le livre a été ainsi pendant très longtemps le principal hypomnematon d'individuation et d’appropriation du savoir. Cette phase d’appropriation du savoir, qui reste indispensable à son acquisition, se fait aujourd’hui à partir de supports de mémoire bien différents, beaucoup plus diversifiés et accompagnés de méthodes pédagogiques adaptées.

En considérant ainsi les hypomnemata sous l’angle de supports de mémoire étroitement associés à l’émergence des savoirs et à leur transmission, on peut considérer leur passage de l’écrit au numérique et à Internet comme la continuation et surtout l’accélération du mouvement d’externalisation de la mémoire. Ce qui souligne encore le lien indissoluble entre sociétés, techniques et savoirs.
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L’alphabet, les tablettes sumériennes, le livre, les livres de compte, les DVD, les clés USB, le réseau Internet, mais aussi la gestion électronique des documents, les puces RFID (Radio Frequency Identification), les GPS, etc. sont des hypomnemata, des supports de mémoire.
 
Cependant, alors que la grande bibliothèque d’Alexandrie faisait référence comme lieu dépositaire du savoir de l’Antiquité, Google, avec son projet planétaire de numérisation des livres, voudrait aujourd’hui créer la plus grande librairie privée de l'histoire. A l’ère d’Internet et du numérique, l’évolution des techniques de stockage permet une extension illimitée des supports de mémoire et également leur diffusion facilitée par des technologies numériques aisément transportables. Plus généralement, la mise en réseau numérique, par Internet,  de supports de mémoire disséminés dans le monde entier, change radicalement l’accès au savoir et à l’information. Se posent alors les questions de l’égalité d’accès et de la fracture numérique.
Par les nouvelles possibilités qu’elles offrent, les hypomnemata numériques présentent aussi des aspects qui peuvent s’avérer préoccupants du point de vue des libertés individuelles :
-       l’observation du comportement et le profilage de leurs utilisateurs
-       l’utilisation potentielle des données ainsi recueillies à des fins politiques ou mercantiles
 
Aujourd’hui, notamment avec les outils du Web 2.0, il faut distinguer les supports de mémoire figés de ceux en évolution permanente dont Wikipédia est un exemple. En ce sens, les hypomnemata numériques offrent la possibilité de réorienter les technologies de l’esprit vers le développement de l’intelligence collective mais les risques de dérives liberticides comme ceux évoqués par l'écrivain Georges Orwell (dans 1984) existent aussi.
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5. Hypomnemata et formation


Les supports pédagogiques multimédia et interactifs développés notamment en FOAD deviennent de nouveaux hypomnemata pour les enseignants.
Les relations établies traditionnellement entre formateurs et apprenants sont transformées par l'utilisation d'un didacticiel. Cela génère un glissement de la posture de l’enseignant vers un rôle de tuteur accompagnant, responsabilisant et valorisant les pratiques individuelles de l'apprenant. Cette mutation peut nécessiter une modification des représentations qu’ont les formateurs de leur rôle.
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Dans un modèle pédagogique appropriatif, l'apprenant accède directement à l'objet de sa formation qui est rendu accessible par un travail préalable de médiatisation du contenu par le formateur sous forme de banques de ressources.
L'utilisation des nouveaux hypomnemata dans la FOAD permet de répondre à plusieurs objectifs tant pour le formateur que pour le formé.
En effet pour les formateurs, cela facilite la mise en commun et l'échange de supports pédagogiques, permet la capitalisation d'outils pédagogiques et la coordination de formations délocalisées.

Pour l'apprenant, outre l’intérêt de travailler avec un nouveau médium, cela permet l'accès à la formation pour des personnes géographiquement éloignées, de leur offrir un accompagnement pédagogique personnalisé, des feed back plus fréquents, de développer des modes d'apprentissage diversifiés de l'autoformation à l'apprentissage coopératif. Le wiki, qui peut être considéré comme le support d’une connaissance collective, offre à chaque individu un espace de contribution.
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On assiste aujourd’hui à la généralisation des diaporamas et autres outils numériques utilisés comme supports d’accompagnement d’enseignements et comme hypomnemata. On peut avancer l’hypothèse que les supports projetés constituent la saillance majeure orientant la prise de notes, court-circuitant ainsi le véritable support par lequel l’orateur transmet son savoir : la parole, alors qu’ils n’ont initialement d’autre fonction que celle de permettre aux auditeurs de se repérer dans le flux de l’exposé oral. Si au départ l’hypomnemata sert de guide à l’orateur pour tenir son discours, pour l’apprenant, le risque existe qu’il soit un frein à l'assimilation de ce qu'il a entendu et compris, c’est à dire conscientisé. Au lieu de cela, les pratiques décrites ici tendent à produire de la pure circulation de supports, non assortie de transfert de savoir par des phases d’intériorisation. Il y aurait là pour Bernard Stiegler un processus d’ «informationnalisation des savoirs»  favorisé par le milieu numérique. Dans ce processus, c’est l'information et son traitement automatisé qui tend à faire obstacle à la transformation de l'information en savoir.
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6. Hypomnemata et Knowledge Management

Apparue progressivement depuis la fin des années 80, la gestion de la connaissance (Knowledge Management ou KM en anglais) se développe dans les entreprises sous l'impulsion de la mondialisation et devant les craintes suscitées par le départ en retraite de la génération des papys boomers.
La gestion des connaissances est une parade au caractère volatile de l'information et des savoirs détenus dans une entreprise, mais aussi un moyen de créer de la valeur en favorisant une exploitation optimale des connaissances, dans le cadre de la poursuite des objectifs stratégiques d’une organisation.
Cela consiste, selon Jean-François Ballay, à mettre en place des méthodes, des dispositifs organisationnels et des outils permettant de stimuler les processus de socialisation, de capitalisation, de transmission et de renouvellement.
 
A cet effet, les entreprises favorisent le développement de réseaux d’échange de savoirs professionnels et assurent une meilleure gestion collective des connaissances en utilisant les modes de travail collaboratif, les réseaux et les technologies de l’information de la communication.
Les outils les plus fréquemment associés au KM sont ceux du Groupware (messageries, agenda, bases, notes, etc.) qui désigne les méthodes et les outils logiciels permettant à des utilisateurs de mener à distance un travail en commun à travers les réseaux. Ces outils peuvent toucher le management des projets, le partage de connaissances ou d’expériences. A ces outils sont associées les applications classiques de l’Intranet ou de l’Internet (portail des connaissances, sites métiers, etc.) et les outils de gestion de contenus (CMS).

Le KM a  donné lieu à la création ou à l’utilisation d’hypomnemata numériques variées visant à permettre la mémorisation de données et d’informations disponibles mobilisables dans les échanges interpersonnels à distance. En ce sens les hypomnemata du KM sont étroitement associées à l’émergence des savoirs, à leur transmission et à leur valorisation au sein des grandes organisations.
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7. Les nouveaux enjeux concernant les hypomnemata

L’économie numérique est aujourd’hui au cœur des préoccupations économiques. Comme il est résumé dans le plan France Numérique 2012, «l‘économie numérique représente le secteur le plus dynamique de l’économie mondiale en 2008. Dans la plupart des pays développés, son taux de croissance est le double de celui de l’économie. Elle représente désormais plus de 25% de la croissance mondiale. Elle en représentera 30% avant 5 ans.»
 
Fort de ce constat, des initiatives gouvernementales ont été lancées, notamment dans le cadre du grand emprunt proposé en 2009 par le gouvernement pour financer des investissements stratégiques en France. Plusieurs axes, intéressant le développement des hypomnemata numériques ont été retenus par l’état : la promotion du patrimoine culturel français à travers la numérisation de contenus et leur accessibilité, l’édition numérique avec le développement des ressources en ligne (magazines, livres, manuels scolaires) ainsi que dans le domaine de l’éducation avec les espaces numériques de travail axés sur le travail collaboratif.
 
Le passage au numérique des hypomnemata comme les images, les films, les musiques et supports audio, les textes, etc. soulève des questions : comment monétiser un format dématérialisé ? Quel système de financement choisir (abonnement, publicité, tarification, etc.) ?  Comment garantir les droits d’auteur et comment les rémunérer ?  

Pour l’instant, aucun modèle susceptible de répondre à toutes ces questions ne s’est encore imposé.
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La question de la convergence des normes et des outils (centralisation des outils du web collaboratif comme Google Wave ou Friendfeed par exemple) soulève le problème de l'interopérabilité.
 
La mise en place de normes communes pour l’archivage des données numériques avec des spécifications pour la conception et l’exploitation des systèmes d’archivages électroniques est une nécessité pour assurer la fidélité et l’intégrité des hypomnemata numériques (norme AFNOR NF Z 42-013 depuis février 2009 et une norme ISO à venir). Cette convergence de format permettra également des échanges entre GED (gestion électronique des documents).
Les wikis (Wikipédia en tête) et les blogs ont inventé de nouveaux types d’hypomnemata. Bernard Stiegler les qualifie de dialogiques car ils découlent d’une construction collective, d’un échange entre utilisateurs. Les pratiques liées au développement de ces hypomnemata entraînent la création de nouveaux outils appelés outils du Web 2.0.

Les outils de création 

Ces outils permettent un travail collaboratif et à distance de plus en plus riche et efficace comme Google Wave qui permet de centraliser tous les type de communication sur une même plateforme (téléphone, chat, forum, agenda, vidéo etc.) mais nécessitent également une adaptation du mode de consommation des informations disséminées à travers les différents réseaux sociaux, sites collaboratifs ou flux RSS.
 
Les outils de gestion
 
La multiplication de ces sources d’information entraîne donc un besoin de les centraliser. Les agrégateurs de réseaux sociaux (comme Friendfeed) permettent de regrouper en un site unique de nombreux outils, principalement du Web 2.0, (parmi lesquels Facebook, Twitter, LinkedIn, Votre blog, YouTube) et permettent ainsi à l’utilisateur de centraliser et personnaliser les informations reçues en fonction de ses aspirations et de ses choix.  
 
Ces nouveaux outils peuvent entraîner des «comportements décousus», c'est-à-dire des problèmes de concentration dûs à l’interruption permanente de l’activité par les outils de communication (recevoir un mail, un post sur Twitter ou Facebook). Il est donc important que nous arrivions à réguler nos comportements face aux nouvelles technologies.  
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L’Internet est un support où l’innovation et l’information sont très vite diffusées et récupérées. En participant au mouvement de globalisation, l’Internet contribue à une uniformisation de l’information. De plus la visibilité sur ce réseau est en grande partie due à la capacité à communiquer, avantageant ainsi les organisations ayant le plus de moyens, ce qui peut entraîner une manipulation et une instrumentalisation de l’information au profit des plus riches. La mise en place d’instances indépendantes de surveillance permettrait de garantir la pluralité culturelle et l’esprit critique.

La question de l’accès aux hypomnemata est également un enjeu majeur de l’évolution du Web. Conçu comme un outil de partage du savoir, les intérêts économiques de plus en plus forts ont tendance à remettre en question le principe d'égalité d'accès au Web (offres d’accès privilégiés pour certains abonnés) et entraîner une marchandisation du savoir.
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8. Des questionnements


9. Sources

Bibliographie

Sites Internet (consultés en octobre 2009)


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