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Objectivation

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Objectivation




L’objectivation est un processus par lequel on matérialise une notion abstraite, compte tenu de son environnement social et culturel. L'objectivation est une étape que l'on retrouve dans tout apprentissage. Dans l’apprentissage collaboratif, en plein développement grâce aux outils numériques, l'objectivation permet de mettre en évidence et d’analyser ce qui a été acquis et comment cela a été acquis.


Sommaire


1. Définition


L'objectivation est une opération de l'esprit qui permet de rendre perceptible une idée abstraite, exprimer quelque chose, le réaliser, le définir, lui donner une forme concrète. (1)

Par extension, l'objectivation désigne le processus par lequel la connaissance tend vers l'objectivité, prend une valeur universelle. (2)

On relève l'usage du terme objectivation dans la philosophie kantienne à partir 1846, comme substantif de objectiver (étym. 1835). Le Grand Robert

Cette notion est indissociable de toute construction des savoirs. Ainsi, elle accompagne toute démarche scientifique (problématisation, objectivation, expérimentation). Albert Jacquard écrit : "La science est un effort vers toujours plus de lucidité. Il s'agit de créer dans notre esprit une représentation de la réalité qui nous entoure et de confronter les conséquences du "modèle" du monde ainsi élaboré avec les observations que nous pouvons effectuer." (3)

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2. Le processus d'objectivation


Le concept de représentation sociale en psychosociologie s'appuie sur le processus d'objectivation qui "permet à un groupe social de rendre utilisable un objet nouveau, c'est-à-dire de résorber un excès de significations en les matérialisant" (Serge Moscovici, 1976) (4).

En d'autres termes, ce processus permet de concrétiser une notion ou un concept abstrait.

Pour expliquer l'objectivation, Denise Jodelet (5) fait référence à l'exemple de Philippe Roqueplo : nous parlons de poids alors qu'il s'agit de masse parce que la notion de masse est plus difficile à appréhender. (6)

L'objectivation consiste également en un travail de simplification par le langage, permettant de concrétiser des notions collectives abstraites, en faisant correspondre des choses aux mots. Ce processus permet ainsi "à un ensemble social d'édifier un savoir commun minimal sur la base duquel des échanges entre ses membres et des avis peuvent être émis". (Jean-Marie Seca, 2002) (7)

2.1 Décomposition du processus


Le processus d'objectivation peut être décomposé en trois phases (Jean-Claude Abric, 1994) (8) :
1/ Construction sélective et décontextualisation des informations :
L'individu trie les informations en fonction de ses critères culturels et normatifs, il s'approprie le concept ou la notion.
2/ Structuration d'un "noyau figuratif" :
L'individu matérialise la structure conceptuelle en une structure imageante, c'est une phase de représentation.
3/ Naturalisation :
Le modèle figuratif acquiert un statut d'évidence. "Les éléments du schéma figuratif sont presque physiquement perçus ou perceptibles par le sujet". (9)

Par exemple, la notion de solidarité, qui peut être rendue concrète en proposant des conduites (comme des actions de bénévolat ou des dons financiers) permettant de se montrer solidaire, par ses propres pratiques, d'une cause particulière. C'est donc un processus qui permet aux individus de s'approprier un concept abstrait, et d'intégrer des phénomènes ou des savoirs complexes à leurs propres conduites, pratiques, attitudes. (Aurélie Banet, 2010) (10)

C'est le processus à travers lequel on rend concret ce qui est abstrait. Il transforme un concept en une image, en un noyau figuratif. Par exemple, Dieu devient un vieillard avec une barbe blanche, votre grippe prend les traits d'un ennemi à abattre, les atomes deviennent des boules de billard, etc.
"C'est l'objectivation qui, par une mise en images des notions abstraites, donne une texture matérielle aux idées, fait correspondre des choses aux mots, donne corps à des schémas conceptuels". (11)

2.2 Aboutissement du processus


Le processus d'objectivation est finalisé dès lors que la représentation et son objet sont intégrés dans notre propre environnement. Ce, dans le but de se familiariser avec, et de l'utiliser quotidiennement. C'est l'ancrage.
"Mettre un objet nouveau dans un cadre de référence bien connu pour pouvoir l'interpréter." (Willem Doise & Alain Clémence, 1996) (12)

Le processus d'ancrage répond au besoin de rendre familier ce qui est nouveau, de rendre rassurant ce qui fait peur, de rendre compréhensible ce qui, a priori, ne l'est pas.
Par exemple, l'apparition du Sida au début des années 80 nous fournit un exemple frappant de ce processus. On a tout de suite comparé le Sida à d'autres épidémies plus anciennes, et donc familières, comme la peste, la lèpre ou la syphilis. (Michel Morin, 1996) (13)

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3. L'objectivation dans l'apprentissage


Dans le domaine de la formation, l'objectivation a pour but d'amener l'apprenant à se questionner sur le déroulement de l'apprentissage.
"L'objectivation est un processus de réflexion structurée dans un premier temps en groupe, puis individuellement pour amener l'élève à s'interroger consciemment sur ce qu'il a fait ou appris lors d'une activité. Elle consiste en un retour réflexif sur la compréhension qu'a l'apprenant de l'acte ou de l'activité qu'il effectue." (Robert Sarrasin, 1982) (14)

L'objectivation est au centre de l'apprentissage, elle conduit à l'évaluation formative, et permet à l'apprenant d'avoir une pleine conscience de ce qu'il vit.

On distingue quatre temps dans la démarche d'apprentissage :
1/ Mise en situation et représentation ;
2/ Expérimentation ;
3/ Objectivation ;
4/ Réinvestissement.
NB : La représentation et l'objectivation se réalisent concurremment.

L'objectivation a pour buts de :
- Faire le bilan ;
- Évaluer la démarche ;
- Dégager un modèle ou des lois ;
- Structurer les connaissances acquises ;
- Formaliser les concepts intégrateurs ;
- Dégager l'essentiel.

Les moyens utilisés sont :
- Faire verbaliser (poser des questions, faire raconter, faire décrire la démarche, faire exprimer les sentiments) ;
- Susciter les échanges (faire mettre en commun, comparer les démarches et les résultats, faire discuter et critiquer) ;
- Formaliser (définir ou faire définir des termes, des concepts, des lois, des procédures, faire généraliser, faire ou faire faire un schéma, faire nommer les habiletés, les stratégies et les outils méthodologiques utilisés) ;
- Faire discriminer (faire réagir à des contre-exemples, préciser les limites d'application, présenter des exceptions) ;
- Faire évaluer (auto-évaluation, évaluation par les pairs, évaluation formative par l'enseignant) ;
- Faire consigner (faire ou faire faire un résumé, faire compléter un journal de bord, faire noter l'essentiel).

L'objectivation est une analyse réflexive faite pour amener l'apprenant à réaliser qu'il comprend, et comment il en est arrivé à cette compréhension.
Exemple : Pistes d'objectivation au regard d'une tâche d'apprentissage.
Dans le but de contrôler ta tâche, tu dois savoir :
- Où tu réussis ;
- Où tu ne réussis pas ;
- Pourquoi tu ne réussis pas.
(Ministère de l'Éducation de la Saskatchewan) (15)

Nous pouvons citer quelques exemples d'activités pédagogiques favorisant l'objectivation : les cartes heuristiques (16), le World Café (17), le brainstorming.

La prise en compte du processus d'objectivation en didactique permet d'envisager l'apprentissage en tant qu'activité sociale (praxis cognitans) enraciné dans une tradition culturelle qui la précède. (Luis Radford) (18)

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4. Objectivation et apprentissage collaboratif


Les composantes de l'apprentissage collaboratif (ou coopératif) peuvent être décrits de la façon suivante : les interactions sociales, que l'apprentissage coopératif permet, incitent les apprenants à verbaliser et à reformuler leurs idées, à les confronter, à discuter et à comparer leurs façons d'apprendre. La création d'un contexte favorable à la discussion des connaissances, au sein d'un groupe de coopération, améliore la qualité de l'apprentissage en soutenant le transfert des connaissances. L'objectivation permet de faire un retour sur les apprentissages et aussi sur la démarche. Elle est une étape essentielle, car elle permet de boucler la boucle et de faciliter l'assimilation ainsi que le transfert des connaissances et des habiletés. Les questions suivantes ont pour objet de susciter la réflexion individuelle de même que la réflexion et l'échange en équipe :

1/ J'ai essayé de ne pas interrompre mes coéquipiers et coéquipières (toujours, quelquefois, rarement).
2/ Mes coéquipiers et coéquipières m'ont aidé(e) (oui, non).
3/ La prochaine fois, nous devrions : …
4/ J'ai fait des efforts pour encourager les membres de l'équipe.
5/ Quels efforts ai-je fait ?

L'objectivation favorise le développement social de l'apprenant. (Diane Arcand) (19)

"Les enseignantes et les enseignants qui utilisent l'apprentissage coopératif en classe voient leur rôle se diversifier. Ils ne sont plus les uniques personnes à transmettre leur savoir. Il faut, pour cela, apprendre à déléguer, à lâcher prise, à faire confiance, tout en conservant la maîtrise de la situation."

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5. Objectivation, apprentissage collaboratif et environnement numérique


Le numérique favorise le travail collaboratif puisqu'il offre de nombreux outils : le partage d'application, l'édition partagée, les forums.
Dans le cadre d'apprentissage collaboratif à distance, le forum aura une fonction réflexive qui permettra aux apprenants d'objectiver l'extraction des connaissances et le processus de collaboration. (France Henri & Karin Lundgren-Cayrol, 2001) (20)

Les comportements eux aussi changent avec l’usage du numérique. Ces changements s’inscrivent dans l’acquisition de compétences variées nécessaires.
En effet , "de nouvelles façons d’apprendre se font jour, du fait de la connexion permanente des jeunes. La pensée est moins linéaire et plus visuelle, les jeunes sont davantage multitâches. En parallèle, des compétences transversales apparaissent comme nécessaire dans le monde numérique d’aujourd’hui :
- Des compétences réflexives, critiques et évaluations ;
- Des compétences en communication et en travail collaboratif ;
- La capacité à apprendre à apprendre, à innover, à créer."
(Rémi Thibert, 2012) (21)

Par ailleurs, l’outil numérique est perçu comme le prolongement de nos capacités intellectuelles. "L'intelligence devient embarquée dans les outils que nous utilisons." (Mathias Paul, 2011) (22)

Nous pouvons faire le lien avec l’image utilisée par Michel Serres : "de notre tête osseuse et neuronale, notre tête intelligente sortit. Entre nos mains, la boîte ordinateur contient et fait fonctionner ce que nous appelions jadis nos facultés : une mémoire plus puissante mille fois que la nôtre ; une imagination garnie d’icônes par milliers ; une raison aussi, puisqu’autant de logiciels peuvent résoudre cent problèmes que nous n'eussions pas résolus seuls. Notre tête est jetée devant nous, en cette boîte cognitive objectivée… Voici le savoir jeté là, objectif, collecté, collectif, connecté." (Michel Serres, 2012) (23)

"Le bon élève n'est plus celui qui ingère des savoirs qu'il est capable de restituer, mais plutôt celui capable de les hacker, dans le sens positif du terme, c'est-à-dire de les manipuler, les modifier, les transformer, les rendre plus opérationnels, etc." (Rémi Thibert, 2012) (24)
En d’autres termes, le bon apprenant est celui qui parvient à l’objectivation des savoirs !

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6. Pour aller plus loin


Afin de développer la notion de retour réflexif, et vous aider dans votre démarche d'apprendre à apprendre, nous vous invitons à réfléchir sur votre façon d'agir et d'apprendre grâce à la métacognition, et aux stratégies métacognitives.
Stratégies métacognitives
Découvrir un site consacré à la métacognition

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7. Bibliographie / Webographie


- Maguy Lucot-Meunier (IFCS Lille - Cadre de santé 2010), Des représentations à la pratique réflexive : pour une co-construction de la professionnalisation, Mémoire Online.
- Jacqueline Caron, Guide sur la gestion de la classe participative, Les Éditions de la Chenelière.
- Les archives de DISCAS, L'activité d'apprentissage.
- Diane Arcand, L’apprentissage coopératif.
- Luis Radford, Vers une théorie socio-culturelle de l'enseignement apprentissage : la théorie de l'objectivation.
- Jean Piaget, Introduction à l'épistémologie génétique, Paris, PUF, 1973.
- Lev S. Vigotsky, Pensée et langage, 1933, traduction française : Éditions Sociales, Paris, 1985.
- Ministère de l'Education Nationale, Apprendre avec de nouveaux outils : les pratiques collaboratives dans l'enseignement, 15 octobre 2012.

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8. Notes et références


(1) Définition du Larousse.
(2) Office québecois de la langue française, Le Grand Dictionnaire Terminologique.
(3) Albert Jacquard, L’équation du nénuphar, Calmann-Levy, 1998, (p. 61).
(4) Serge Moscovici, La Psychanalyse, son image et son public, PUF, 1961/1976.
(5) Denise Jodelet, Les représentations sociales, PUF, 2003.
(6) Philippe Roqueplo, Le Partage du savoir : science, culture, vulgarisation, Éd. du Seuil, 1974.
(7) Jean-Marie Seca, Les représentations sociales, Paris, Armand Colin, 2002.
(8) Jean-Claude Abric, Pratiques sociales et représentations, Paris, PUF, 1994.
(9) Christine Bonardi & Nicolas Roussiau, Les représentations sociales, Dunod, 1999.
(10) Aurélie Banet (thèse), Conscience du risque et attitudes face aux risques chez les motocyclistes, Université Lumière Lyon 2, 2010.
(11) Denise Jodelet, Représentation Sociale: phénomènes, concept et théorie, In S. Moscovici (ed.), Psychologie Sociale, PUF, Paris, 1984, (p. 357-378).
(12) Willem Doise & Alain Clémence, La problématique des droits humains et la psychologie sociale, Connexion, 1996, (p. 22).
(13) Michel Morin, De la prévention des risques du Sida à la prise en charge des personnes atteintes. In J. - C. Abric (Ed.) Exclusion sociale, insertion et prévention, ERES, Saint-Agne, 1996, (p. 81-97).
(14) Robert Sarrasin, L'objectivation et le développement des habiletés langagières, Liaisons, Mars 1982, pp. 12-23.
(15) Ministère de l'Éducation de la Saskatchewan, Français en immersion, Programme d'études pour le niveau intermédiaire 6e à 9e années, 1995.
(16) Académie de Poitiers, Exemples d’usages de cartes mentales avec les élèves.
(17) Méthodes participatives, Un guide pour l'utilisateur - Le World Café.
(18) Luis Radford, Vers une théorie socio-culturelle de l’enseignement apprentissage : la théorie de l’objectivation.
(19) Article rédigé par Diane Arcand, L’apprentissage coopératif.
(20) France Henri & Karin Lundgren-Cayrol, Apprentissage Collaboratif à Distance: Pour Comprendre et Concevoir les environnements d'apprentissage virtuel, Presse de l'Université du Québec, 2001, p. 71.
(21), (24) Rémi Thibert, IFE Institut Français de l’Education N°79 Nov. 2012.
(22) Mathias Paul, Les enfants d'Emile, Administration et éducation, vol. 2011-1, n° 129, mars, (p. 11–17).
(23) Michel Serres, Petite Poucette - Paris-Editions Le Pommier, 2012.

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Version du : 19 novembre 2013
Équipe de rédaction : Emmanuelle Haudebourg Esnault, Raymond Mathieu, Claudia Chapiteau

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